Par un bon matin du début décembre 2025, le moral est extraordinaire. L’aînée lance : « Pour la première fois de ma vie, j’ai envie de manger une poutine en regardant du hockey! ». On a tous éclaté de rire! On se dirigeait vers le Puente Internacional Uno, à Laredo,TX pour y traverser la frontière avec le Mexique. Le Puente Internacional Uno c’est bien mais, du côté mexicain, la Tortue Têtue se serait fait scalpée. On nous recommande le Puente Internacional Dos, plus grand, plus large, plus haut.
Nous avons été inspecté au complet, visite à l’intérieur, ouverture de tous les compartiments. Le chef était malgré tout très sympathique. Il était même impressionné de connaître notre trajet. Nous avons été dirigés vers l’immigration. Nous avons fait les douze travaux pour obtenir les permis et l’assurances et à midi, nous étions dans le convoi…. Et… Nous voilà au Mexique!
Nous avons réalisé que tout est en espagnol, que nous sommes rouillés et qu’après ces quelques semaines comme nomades, nous sommes ailleurs…Notre premier « reality check », sur la route, il faut payer avec de l’argent comptant. Nous n’avons pas réussi à obtenir de l’argent comptant avant de traverser la frontière. Clémence a, une fois de plus, sauvé la mise. Comme elle avait reçu des Pesos pour son anniversaire, on en a eu suffisamment pour nous rendre jusqu’à notre première destination : Monterrey, Nuevo Léon. La route s’est vraiment bien déroulée. La Tortue est une vraie championne. Elle naviguait dans les montagnes comme une surfeuse.
À destination, nous ne perdons pas de temps et savourons des tacos dans un restaurant du coin. Marie-Anne avait un petit sourire imprimé sur son visage. « Pour moi, ça c’est le Mexique » me dit-elle en se servant une gigantesque rasade de guacamole accompagnée de coriandre! Elle est belle et heureuse.
Les montagnes entourent l’endroit où nous nous trouvons. Malgré que nous n’ayons pas changé l’heure (heure centrale), il nous paraît que nous ayons une heure de plus. Le soleil se couche à 18h, pratiquement au même endroit qu’il se lève, c’est spécial!



Le lendemain, on décore l’habitacle pour les Fêtes. L’ambiance est électrique! Nous sommes allés dans un café, El buho, tenu par une organisation religieuse dont les profits sont redistribués pour répondre aux besoins d’une école dans la campagne environnantes. Des bénévoles y travaillent d’octobre à mars, majoritairement des grimpeurs. Ils sont logés à même le café, dans des appartements attenant.
Après quelques jours pour planifier notre itinéraire, nous avons parcouru la route vers Ciudad Victoria, Tamaulipas, en regardant les montagnes défiler au loin, une route bordée d’orangers et avons parcouru quelques 300 kilomètres en près de 6 heures. À notre arrivée, notre voisin de camping est le bus scolaire nommé Carpatia, conduit par Dan qui a fait la route depuis le Québec en dix jours. Il compte se rendre au Belize pour y passer le nouvel an.
Mais sitôt arrivés, l’appel de la piscine a convaincu les enfants de s’y garocher. Après la baignade, une petite ondée a rafraîchi l’aridité du temps. De fil en aiguille, l’ondée se transforme en phénomène météorologique violent. Nous reportons à plus tard notre socialisation avec les habitants du Carpatia. Après une pluie torrentielle, sur notre beau terrain de camping de sable compacté, ça fait de la boue. Un champ de boue. Neuf tonnes à propulsion dans un champ de boue, l’autobus n’est pas le véhicule tout-terrain adapté à la situation… on s’enlise, on s’enfonce… Ni une, ni deux, tous se mettent à l’oeuvre pour nous aider. Il a fallu un tracteur neuf, une chaîne et une heure de temps et la Tortue est de retour sur un terrain connu : la voie pavée.
On a fait la route jusqu’à Tampico, Tamaulipas. Quelques 300 km vers le sud-est pour rejoindre le Golfe du Mexique, à la plage Miramar. Avant d’entrer dans le quartier de Ciudad Madero (le quartier adjacent à la plage), on s’est fait arrêter par la police. L’agent nous a avisé que les maisons roulantes sont considérées comme des poids lourds et qu’on pourrait se faire arrêter si on se promène dans le quartier. Il nous a souris et nous a souhaité un bon voyage. Nous avions élu domicile à la Plaza Gobernadores. Encore là, les gardiens de sécurité ont été des plus sympathiques. Ils nous ont assuré que nous pouvions demeurer le temps que nous voulions, qu’ils faisaient des rondes régulièrement et que nous étions en sécurité.
La météo ne s’était pas améliorée et la mer était complètement déchaînée, et la plage fermée. Les enfants voulaient se rendre dans la mer pour faire du boogieboard mais nous avons imposé le droit de veto. On s’est quand même trempé mais, les avertissements répétés des sauveteurs nous ont rappelé qu’il y avait un réel danger de s’aventurer dans une mer aussi agitée. Combinée à la détermination des brûlots de pieds (plus tu grattes, plus ça enflamme AH!) à nous mener la vie dure, nous avons décidé de nous rendre à Mar Esmeralda, près de Poza Rica, Veracruz. Le dernier soir avant de quitter la Plaza Gobernadores, le Carpatia est venu nous rendre visite. Nous avons rattrapé le temps perdu à nous connaître et de savourer ces rencontres intenses. Merci à Dan d’être aussi inspirant!
On quitte vers le sud, en longeant la côte. La végétation a changé. Elle est beaucoup plus luxuriante et verdoyante. Les vallées s’étendent au-delà des montagnes, on croise des rivières…. avec de l’eau dedans. On traverse la campagne. On commence à s’adapter aux habitudes de conduite des mexicains. Les routes ont généralement deux voies. On doit mettre une roue dans l’accotement ce qui laisse une demi voie de chaque côté. Cette « voie » centrale sert à dépasser, notamment où c’est indiqué partout qu’on ne doit pas dépasser. Il nous reste à décoder les signaux des phares mais, nous aurons encore beaucoup de route pour nous y adapter.
Mar Esmeralda, Veracruz, est une petite station balnéaire en bordure du Golfe du Mexique. C’est au bord de la mer avec une piscine. On peut y stationner la Tortue mais, il faut être attentif aux palmiers pour ne pas recevoir une noix sur la noix… de coco, s’entend. On en boit l’eau et on savoure la chair. Miam!

Nous avons fait une saucette dans la piscine sous un ciel étoilé. On en voyait beaucoup, il nous a semblé que ça faisait longtemps que nous n’en avions pas contemplé. Les enfants ont été inspirés par l’endroit. Ils ont été vraiment hot. Que ce soit de faire des tâches scolaires sous les palapas (chapiteaux en branches de palmiers), préparation des soupers, lancement d’un concours de flocons de neige en papier ou constructions créatives dont des chat-teaux en tuiles magnétiques, ils peuvent être fier.e.s d’eux.elle. Quelle belle aventure, ils vivent!


