Nous avons franchi, plus tôt cette semaine, le cap des 100 jours de vie nomade. Sur une escapade d’environ 300 jours, c’est un peu le moment de faire le bilan de nos apprentissages.

Au moment de nous lancer, au cours de l’été dernier, nous avions mille et une inquiétudes, craintes, peurs ou simplement des doutes. Notamment, les motivations qui poussent cinq humains d’une même famille à s’entasser dans un bus scolaire et à laisser tout derrière eux, (une vie convenable, un quartier où l’on côtoie des humains exceptionnels, des choses précieuses, etc.) pour se jeter dans le vide. Nous avions certaines réponses mais, étaient-ce celles que nous rencontrerions sur notre cavale, celles que découvririons à travers l’aventure?Comme ma grande fille m’a dit quand je l’ai « enfin » retrouvé : « La vie sans bêtise, c’est plate. C’est pour ça qu’il faut faire des bêtises. » Il me semble déjà loin le moment où j’ai éclaté en sanglots à La Patente où je suis allé porter le cadre en forme de maison qui avait logé « Le lion et l’oiseau » de Marianne Dubuc (j’en ai encore les larmes aux yeux). C’est fou l’émotion qui remonte d’un simple objet que ce soit par sa beauté, par son agencement ou simplement, l’habitude.
Depuis, nous avons voyagé. Nous avons fait des découvertes extraordinaires, vécu des moments magiques, confronté nos peurs et celles des autres. Que ce soit les douanes américaines « check », manquer d’essence « check », une semaine sans faire de travaux scolaires « check », endroit douteux pour dormir « check », souris dans le bus « check » et « recheck », se perdre « check », un enfant qui se perd « check », rester pris « check », un bris mécanique « check »…
Toutes ces inquiétudes, nous les avons confrontées, nous les avons acceptées et, l’important, nous sommes passés au travers. Grandi(e)s. Souvent mieux que si on s’y était préparé.





Ça fait près d’un mois que nous sommes à Oaxaca, dans l’enceinte d’un restaurant avec un grand stationnement. En sécurité. Avec tous les services. Le tout a commencé par une fuite du réservoir de liquide refroidissement. La Tortue a un peu souffert de la chaleur pendant les neuf heures de route qui nous ont conduit à travers les montagnes. Nous avons trouvé un mécanicien, qui se déplace, et nous a réparé le réservoir puisque la pièce était difficile à obtenir ici. On remplit le réservoir. Avant notre départ pour aller visiter une ruine en montagnes, on constate que le réservoir s’est vidé… par le turbocompresseur. Notre mécanicien, de confiance, nous offre de s’en charger, il met à profit son réseau de contact, passe d’innombrables heures à démonter, numéroter, filmer, photographier, remonter ce qui constitue le coeur de la Tortue. Il a négocié pour nous la réparation du turbocompresseur par un laboratoire spécialisé. Lorsque nous y avons mis la clé, elle a démarré comme une neuve, sans sourciller.



Pendant ce mois vécu à Oaxaca, nous sommes allés visiter les ruines que nous voulions faire avec notre véhicule. Et, par chance que nous ne l’avons pas fait. Des routes de montagnes, à pic comme ça, qui tourne à 90 degrés et même plus, avec des autobus qui croisent en sens inverse.. malgré toute notre bonne volonté, il fallait admettre que nous n’étions pas assez expérimentés pour y amener la Tortue. Cette petite histoire, plutôt banale, nous ramène à nos peurs et comment la vie nous amène à les confronter et après coup, à réaliser que rien ne se passe pour rien.





Nous avons pris le temps de nous implanter dans cette ville magnifique qu’est Oaxaca. Un peu poussiéreuse certes mais, toujours ensoleillée, souriante et désireuse de notre bien-être. Il s’en est passé des choses, des situations et des revirements. Nous avons fait des excursions dans la ville, à l’extérieur, nous y avons fêté le Nouvel An et la « Noche Buena », avons mangé du foie gras, d’autres surprises et découvertes culinaires, nous nous sommes faits des ami(e)s, suivi des cours de boulanger, de Futbol, de créations artistiques, nous avons ri, pleuré, grogné un peu, lu Harry Potter…




Pour paraphraser Albus Dumbledore, ce n’est pas la peur de la mort ou de l’obscurité qui nous effraie mais bien, la peur de l’inconnu. L’inconnu fait partie de notre quotidien. Alors, aussi bien l’affronter avec le couteau entre les dents plutôt que de craindre que des scénarios surréalistes se produisent. Nous faisons des apprentissages chaque jour, élaborons une infinité de projets dont seulement une infime partie se réalisent, nous nous questionnons davantage sur la raison de faire plutôt que de se questionner sur ce qu’on fait, nous nous adaptons en fonction de priorités du moment, nous créons, bref…, nous vivons. Puisque l’inconnu fait partie de nos vies, une question demeure, bouger ou s’implanter?


